Le Rendez-Vous de l'Europe : Subventions chinoises, le programme Jasmine, détecteurs souverains
Énergies renouvelables, semi-conducteurs... La Chine subventionne sept fois plus son industrie que l’Europe
Le 01/06/26
DÉCRYPTAGE - Les écarts de soutien public varient de trois à huit selon les zones géographiques, évalue l’OCDE sur les vingt dernières années.
C’est une information qui devrait faire du bruit dans les couloirs de la Commission à Bruxelles. Alors que l’Europe planche sur son texte d ’« accélération industrielle », l’OCDE a publié ce lundi un rapport saisissant sur les subventions aux grandes filières industrielles dans le monde. Deux conclusions s’imposent à la lecture de l’étude. D’abord, les subventions publiques ont augmenté partout dans le monde ces dernières années, particulièrement envers les équipements de production d’énergie renouvelable, les semi-conducteurs ou encore les industries lourdes pour atteindre 108 milliards de dollars en 2024. Ensuite, ces aides atteignent un sommet en Chine. Les entorses chinoises aux règles de l’Organisation mondiale du commerce étaient bien connues. La quantification apportée par l’OCDE révèle toutefois, de manière inédite, l’ampleur du phénomène.
« Si les niveaux des subventions ont augmenté dans la plupart des régions, les entreprises chinoises ont continué de bénéficier d’un soutien nettement plus important que leurs concurrentes dans d’autres pays, écrivent ainsi les spécialistes de l’institution internationale. Entre 2005 et 2024, elles ont reçu, en moyenne, trois à huit fois plus d’aides publiques que les entreprises basées dans les pays de l’OCDE, selon la région considérée. » Selon le rapport, 22 % des gains de part de marché réalisés à l’échelle mondiale par les entreprises qui se sont développées au cours des deux dernières décennies peuvent être attribués aux subventions qu’elles ont perçues, ce chiffre atteignant 60 % pour les entreprises chinoises. Autant dire que sans ces subventions, les groupes chinois, notamment automobiles, n’auraient jamais pu asseoir une telle expansion internationale. « Un quart des entreprises chinoises en Europe opère en réalité à perte », précise même le vice-président de la Commission, Stéphane Séjourné.
Des avantages concurrentiels déloyaux
Le secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, n’a pas hésité à en tirer toutes les conclusions. « Des subventions industrielles importantes et persistantes peuvent fausser les marchés mondiaux, créer des avantages concurrentiels déloyaux et contribuer à des excédents de capacité », a-t-il déclaré. L’OCDE se préoccupe de ces distorsions car si les entreprises n’affrontent plus commercialement à armes égales, « cela peut entraîner une prise de part de marché mondiale par des entreprises moins productives au détriment d’entreprises plus innovantes et efficaces, avec des conséquences à long terme sur l’innovation, la concurrence loyale et le soutien au commerce international », note l’organisation basée à Paris.
L’OCDE se flatte d’avoir mis au point une nouvelle méthode pour contrer le manque de transparence autour des subventions industrielles : ses experts ne se fient pas aux données divulguées par les pouvoirs publics, mais recensent les subventions effectivement octroyées aux entreprises. Pour alimenter leur base, les chercheurs ont étudié les rapports financiers de grandes entreprises internationales de quinze secteurs industriels clés.
Un défi pour l’Europe
Pour l’Europe, qui a mis toute son énergie ces dernières décennies à encadrer au plus près les aides des États membres à leurs industries nationales au nom du bon respect de la concurrence, cette pratique chinoise s’est révélée dévastatrice. Conséquence de ce soutien massif, la Chine se trouve aujourd’hui à l’avant-garde de l’automatisation de la production, une priorité de Pékin pour amortir le vieillissement de sa population. En 2025, malgré la guerre commerciale américaine, l’usine du monde a aussi conforté sa position prépondérante dans les échanges mondiaux grâce à son offensive sur l’industrie de demain, des voitures électriques aux technologies vertes. En 2025, l’excédent commercial du pays est ressorti à 1 189 milliards de dollars, en hausse de 20 % sur un an.
Les Européens ont compris depuis déjà quelques années que leurs champions ne pouvaient pas rivaliser face aux mastodontes chinois, d’où un changement de pied sous le second mandat d’Ursula von der Leyen vers des politiques davantage protectionnistes et une nouvelle attention à la politique industrielle. Bruxelles peine toutefois à bâtir une réponse commune à la déferlante chinoise, tant les intérêts divergent entre les acteurs du continent. « Selon la place où elles se situent dans la chaîne de valeur, les entreprises européennes expriment des souhaits très différents en termes d’ouverture commerciale ou de protection, commentait ce lundi, le député François-Xavier Bellamy (PPE), à l’occasion d’une réunion organisée par l’association Europresse. Nous tentons de tenir ensemble trois objectifs difficilement conciliables : la décarbonation, la souveraineté et l’accessibilité des produits industriels. C’est particulièrement visible dans le cas de la voiture. »
Par Anne de Guigné
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JASMINE rapproche l’UE et le Japon en semi-conducteurs
https://vipress.net/jasmine-rapproche-lue-et-le-japon-en-semi-conducteurs/
Le 12 Mai 2026
Ce programme de 18 mois piloté par Chips JU vise à structurer la coopération entre l’Union européenne et le Japon dans les semi-conducteurs afin de sécuriser les chaînes d’approvisionnement, d’accélérer l’innovation et de développer des technologies durables et stratégiques.
Le projet JASMINE (Japan and EU Semiconductors: Mutual Innovation and Excellence) est officiellement lancé. Cette action de coordination et de soutien de 18 mois menée par Chips JU (Chips Joint Undertaking) et coordonnée par le Tyndall National Institute, s’inscrit dans le cadre des engagements pris lors du Conseil de partenariat numérique UE-Japon et du Sommet UE-Japon de Tokyo en 2025, qui a institué l’Alliance UE-Japon pour la compétitivité.
L’initiative repose sur une complémentarité naturelle entre les deux régions : le Japon excelle en science des matériaux, en équipements de production et en solutions d’encapsulation avancées, tandis que l’Union Européenne se distingue en recherche fondamentale, photonique, technologies quantiques et applications embarquées. JASMINE entend transformer cette synergie en actions concrètes autour de quatre axes principaux.
Sur le plan des chaînes d’approvisionnement, le projet cartographiera et suivra les flux de semi-conducteurs entre l’UE et le Japon afin d’identifier les complémentarités, les dépendances et les opportunités de R&D conjointe, tout en formulant des recommandations stratégiques pour renforcer la sécurité d’approvisionnement.
En matière de recherche, JASMINE développera des priorités communes dans des domaines tels que la logique avancée, le calcul haute performance, l’électronique de puissance et les nouveaux matériaux, en préparant le terrain pour de futures initiatives collaboratives.
Le projet met également un accent particulier sur le développement des talents, en encourageant la mobilité des chercheurs, ingénieurs et étudiants entre les deux régions, ainsi que les échanges de personnel et les bourses de recherche.
Enfin, sur le plan de la durabilité, JASMINE renforcera la coopération autour des méthodologies d’analyse du cycle de vie pour la fabrication des semi-conducteurs, en favorisant l’harmonisation réglementaire et un cadre commun de mesure de l’impact environnemental.
« Aujourd’hui, le succès dans le secteur des semi-conducteurs exige une collaboration radicale, assure Mircea Modreanu, coordinateur du programme JASMINE au Tyndall National Institute. Grâce au projet JASMINE, nous conjuguons les atouts uniques des écosystèmes de recherche européens et japonais pour relever les défis les plus urgents de l’industrie. Notre objectif est d’intégrer la compétitivité et la durabilité à long terme au cœur même du développement des semi-conducteurs. »
Les membres de JASMINE sont le Tyndall National Institute, ASML, Brno University of Technology (BUT), le CEA Leti, le CNRS, le Cabinet Décision Etudes & Conseil, le Fraunhofer Institute, l’imec, Infineon, Semi Europe, SiNano Institute, Sony Depthsensing Solutions (SDS), STMicroelectronics et Tokyo Electron (TEL). Semi et AVL son partenaire associé.
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L’Europe rassemble ses forces pour des détecteurs infrarouges souverains
https://vipress.net/leurope-unit-ses-forces-pour-des-detecteurs-infrarouges-souverains/
Le 27 Mai 2026
Piloté par Lynred et financé par l’Union européenne, le projet Spirit veut bâtir une chaîne d’approvisionnement 100% européenne pour les détecteurs infrarouges de nouvelle génération. Quinze partenaires de neuf pays (dont Exosens et le CEA) participeront à ce programme de 39 millions d’euros.
Lynred, spécialiste français de l’imagerie infrarouge, lance le projet Spirit, une initiative financée par le Fonds Européen de Défense (FED) visant à bâtir une chaîne d’approvisionnement entièrement européenne pour les détecteurs infrarouges haute performance destinés à la défense. Coordonné par Lynred depuis Grenoble, le consortium réunit 15 entités* issues de 9 pays (8 grandes entreprises, 3 PME, 2 ETI et 2 organismes de recherche) couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur, de la conception des circuits intégrés de lecture (ROIC) à la démonstration de caméras opérationnelles. Lynred, Exosens et le CEA sont les contributeurs français au projet.
Spirit devrait démarrer fin 2026 pour une durée de quatre ans, avec un budget total de 39,16 millions d’euros, dont près de 29 millions apportés par l’Union européenne, complétés par des cofinancements des ministères de la Défense et l’autofinancement des partenaires.
Au cœur du projet, l’ambition est de concevoir et livrer les trois premiers détecteurs infrarouges reposant sur une fonderie Cmos avancée entièrement souveraine, offrant des performances inédites, notamment une résolution supérieure à 3 mégapixels avec un pas de pixels inférieur à 7 µm. Ces détecteurs seront intégrés dans quatre prototypes de caméras testés dans des conditions réelles, pour des applications militaires telles que la détection de missiles, de drones, les usages navals ou la détection de camouflage.
Spirit s’inscrit dans la continuité des projets Heroic et Ecosystem, également menés dans le cadre du FED, dont il constitue la phase de maturation industrielle. « L’accès à une technologie Cmos avancée est essentiel pour tous les fabricants de capteurs infrarouges, souligne Pierre Jenouvrier, directeur de l’unité Produits Refroidis chez Lynred. Une collaboration dans ce domaine technologique était absolument nécessaire ; l’envergure du projet ne pouvait être supportée par une seule entreprise. »
L’originalité de Spirit réside donc dans son modèle de « coopétition » : Lynred, AIM et Exosens, les trois principaux fabricants européens de détecteurs infrarouges, habituellement concurrents, ont choisi de mutualiser leurs expertises et leurs investissements pour atteindre une masse critique impossible à réunir individuellement. « La disponibilité de circuits ROIC Cmos haute performance constitue un levier essentiel pour améliorer les performances des capteurs infrarouges de nouvelle génération », assure Rainer Breiter, vice-président des programmes modules IR chez AIM.
À terme, Spirit permettra aux fabricants européens de proposer un large portefeuille de démonstrateurs couvrant plusieurs bandes spectrales (SWIR étendu, MWIR T2SL et MCT) ouvrant de nouvelles capacités opérationnelles pour les forces de défense : allongement des distances de détection, meilleure identification des drones, retour d’information en temps réel et systèmes anti-drones à plus longue portée. L’enjeu ultime est de réduire durablement la dépendance de l’Europe aux technologies extérieures dans les domaines sensibles.
(*) AIM (Allemagne), Exosens (France/Belgique), Falconers (Estonie), CEA (France), MLT (Grèce), Integrated Detector Electronics AS – IDEAS (Norvège), Indra Espacio et Indra Sistemas (Espagne), EM&E Group (Espagne), E4D (Espagne), Leonardo (Italie), Kongsberg (Norvège), PCO (Pologne), CSL (Belgique)
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